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Les infections sexuellement transmissibles bactériennes de la cavité buccale : quand faut-il les suspecter et quelle est la conduite à tenir ? - Milpied Brigitte



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Séance - C55 : Sexe et bouche

Les infections sexuellement transmissibles (IST) représentent un risque majeur de santé publique (risque de stérilité, transmission mère enfant, cancers, résistance aux antibiotiques). Il existe plus de trente agents infectieux, bactéries, virus ou parasites, transmissibles lors de relations sexuelles. On estime que, chaque année, 357 millions de personnes dans le monde contractent l’une des quatre IST suivantes : chlamydiose, gonorrhée, syphilis ou trichomonase.
Cependant tout type de pratique sexuelle n’expose pas au même risque. L’INPES considère aujourd’hui la bouche comme un organe sexuel à part entière. Les dents, la langue et les lèvres entrent en jeu dans certaines pratiques érotiques. Le sexe oral (fellation, cunnilingus, anulingus) est en plein essor dans la population et ce quelle que soit sa préférence sexuelle. Certains considèrent qu’il est sans risque de transmission pour les IST. Or le sexe oral peut être à l’origine d’IST entre partenaires que cela soit au niveau buccal ou ano-génital. La bouche peut donc être considérée comme à la fois comme vectrice et victime d’IST.
Parmi les agents infectieux plusieurs types de bactéries (Neisseria gonorrhoeae, Chlamydia trachomatis, Treponema pallidum) sont responsables d’IST (gonorrhée, chlamydiose et syphilis) lors de relations oro-génitales. Les fluides sexuels tels le sperme, le liquide pré-éjaculatoire ou la lubrification vaginale contiennent ces agents infectieux. Du côté du receveur potentiel, les muqueuses sont perméables aux agents infectieux, qu'il s'agisse de la muqueuse vaginale, anale ou ici, orale.
La transmission de Neisseria gonorrhoeae, Chlamydia trachomatis de l’oropharynx à l’urètre et vice versa est bien décrite. Le portage asymptomatique chez des homosexuels qui consultent après une fellation est de 3,5% pour C. trachomatis et de 3,1% pour le gonocoque (1). Même si le risque de transmission orale est plus rare que dans les rapports génitaux et anaux , il doit être discuté et expliqué aux patients. L’oropharynx peut jouer le rôle de réservoir, essentiellement en cas de gonorrhée. L’élimination définitive des gonocoques du pharynx, et particulièrement des amygdales, est plus difficile à atteindre qu’en cas d’infection vaginale ou rectale. Ainsi le pharynx pourrait jouer un rôle important dans le développement et la transmission de gonocoques résistants. Ces infections pharyngées sont habituellement asymptomatiques ou se manifestent comme une angine, par une légère dysphagie et des maux de gorge(2).
Par ailleurs depuis une dizaine d’années, la syphilis connaît une explosion de nouveaux cas partout dans le monde. Devenue assez rare dans les années 90, on note une recrudescence de la syhilis depuis les années 2000 en France, notamment chez les patients homo ou bisexuels masculins. On considère habituellement que 50% des contacts muqueux sont susceptibles de transmettre cette infection. Les relations génito-orales ne font pas défaut à ce risque. Les manifestations buccales concernent 10% des cas. Les manifestations précoces peuvent être un chancre qui peut se retrouver partout dans la sphère buccale mais principalement sur les lèvres, le palais, la langue et les amygdales ou plaques muqueuses ou syphilides lorsque le diagnostic est plus tardif.
La présence d’une IST est responsable d’un risque majoré de transmission du VIH en cas de séropositivité du partenaire.
Le chirurgien dentiste doit jouer un rôle dans le dépistage et la prévention de ces lésions notamment en recommandant et en maintenant une bonne hygiène bucco-dentaire et en informant les patients sur les risques liés aux IST.
(1)Marcus JL, Kohn RP, Barry PM, et al. Chlamydia trachomatis and Neisseria gonorrhoeae transmission from the female oropharynx to the male urethra. Sex Transm Dis 2010 (37)
(2) Genné D. Unprotected fellatio: what are the risks?. Rev Med Suisse. 2013 Oct 9;9(401):1828-31.

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