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Les infections sexuellement transmissibles virales de la cavité buccale : quand faut-il les suspecter et quelle est la conduite à tenir ? - Fricain Jean-Christophe



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Séance - C55 : Sexe et bouche

Les infections sexuellement transmissibles (IST) se transmettent principalement par contact cutané lors d’un rapport sexuel, vaginal, anal ou oral. Il existe plus de trente agents infectieux, bactéries, virus ou parasites, transmissibles lors de relations sexuelles. En France, leur fréquence est en augmentation sauf pour le VIH dont le nombre annuel de découvertes de séropositivité est stable depuis 2007. Parmi les infections virales les plus fréquentes nous retrouvons l’herpès, l’hépatite B, les infections à Human Papilloma Virus mais également le VIH. Plus récemment il a été montré que le virus Zika pouvait être transmis par voies sexuelles.
Ces infections posent un problème majeur de santé publique compte tenu des complications qui peuvent y être associées (cancers du col de l’utérus et ORL, stérilité, transmission mère-enfant…). Quatre infections virales sont incurables:, le virus de l’herpès (herpes virus simplex ou HSV), le VIH, et le papillomavirus humain (HPV), l’hépatite B mais dont il existe un vaccin pour les deux derniers.
Les HPV font partie d’une grande famille de virus ubiquitaires ayant un tropisme pour l’épithélium. Plus de 120 génotypes sont connus à l’heure actuelle, responsables de pathologies de gravité variable, allant de la verrue vulgaire aux néoplasies. On considère que 70 à 80% de la population est infectée par HPV. Les génotypes 6 et 11 sont responsables de condylomes alors que les 16 et 18 sont liés aux cancers du col de l’utérus mais également aux cancers ORL indépendamment des facteurs de risques habituels que sont le tabac et l’alcool, 20 à 80% de ces tumeurs étant HPV +.
Le nombre de partenaire ainsi que le jeune âge ont été démontrés comme facteurs de risque pour les HPV 16 et 18 . Le virus est à la fois sexuellement acquis et transmis par les pratiques orogénitales indépendamment des autres types de relation.
La prévention par la vaccination est actuellement recommandée avant le début de toute activité sexuelle chez les filles en France, d’autres pays comme les USA ou l’Australie la recommandent également chez les garçons.
Le VIH est principalement transmis par voie sexuelle, le virus étant retrouvé dans le sang, le sperme, les sécrétions vaginales. Le risque de transmission du VIH lors du sexe oral reste faible en l’absence d’autres IST estimé entre 0,01 à 0,005% lors d’une fellation. Ce faible risque ne doit pas encourager à une pratique sexuelle non protégée. Le risque est plus important de contracter le VIH en cas de co-infection avec une autre IST. Outre le risque de transmission, des manifestations orales peuvent avoir une forte association avec le VIH (candidoses orales, leucoplasie orale chevelue, sarcome de Kaposi, gingivite ulcéronécrotique) en fonction de l’immunité de l’individu. (1)

Les virus à Herpès (HSV1 et HSV2) se transmettent par des contacts entre les muqueuses. Ils peuvent de ce fait se transmettre à la sphère orale et/ou génitale. Il n’y a pas de différences de manifestations cliniques en fonction du génotype de virus. HSV1 est présent à 80% dans la cavité buccale alors que HSV2 est présent principalement au plan génital. Les infections causées par HSV1, cliniquement identifiées dans une cohorte de jeunes patientes, étaient trois fois plus fréquentes au niveau génital qu’oral et 84% des infections primaires se situaient au niveau génital. Selon l’âge des patientes, ce rapport tend à s’inverser. (2)
Le virus de l’hépatite B est très contagieux et transmissible par voie orale sans avoir de manifestation spécifique sur la cavité buccale. Il en est de même pour le virus Zika.

Une mauvaise hygiène bucco-dentaire, la présence d’une blessure ou d’une inflammation muco-gingivales favorisent la transmission des IST. Il est recommandé d’éviter le brossage et l’utilisation de fil dentaire dans l’heure précédant et suivant une relation de sexe oral.
Diverses mesures de prévention sont disponibles pour les personnes sexuellement actives (vaccinations HPV et VHB, préservatif masculin ou féminin, digue dentaire).
Le chirurgien-dentiste doit jouer un rôle dans le dépistage et la prévention de ces lésions notamment en recommandant et en maintenant une bonne hygiène bucco-dentaire et en informant les patients sur les risques liés aux IST.


1- Genné D. Unprotected fellatio: what are the risks?. Rev Med Suisse. 2013 Oct 9;9(401):1828-31.

2- Bellamy A, Hookill E, et al. Epidemiology, clinical presentation and antibody response to primary infection with herpes simplex virus type 1 and type 2 in young women. Clin Infect Dis 2013 (56)

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